Dans le Loiret, c'est pas pareil la fin de l'hiver ou le début du printemps, c'est comme deux saisons en une. Dans le Loiret rien n'est pareil qu'ailleurs, la preuve puisque j'y habite.
Bref, à la fin de l'hiver, il fait toujours très froid, on est encore en hiver, et les seuls oiseaux qu'on entend sont les corbeaux qui croissent en bande d'au moins trente et parfois cinquante.
Au début du printemps, ce n'est plus l'hiver du tout et d'autres oiseaux chantent comme les merles, les mésanges, les rouges-gorges et tout ce petit monde fricotte dans les bois, juste derrière la maison, et puis, il fait moins froid et on nous a rendu le soleil.
Je me souviens maintenant, c'était la fin d'hiver puisque les champs étaient encore tout recouverts de terre lourde et marron.
Les champs, à cette saison, sont tout striés comme de la purée qu'on déguise en galettes avec notre fourchette, pour la faire refroidir et qu'elle nous fasse encore plus envie. Sauf que les champs, à cette saison ils sont marrons et que c'est froid.
En plus, il ne faut surtout pas marcher dessus, et ça pour deux bonnes
raisons :
- La première, c'est qu'on s'enfonce les pieds comme dans de la colle et
que la terre vous aspire vos bottes en caoutchouc et vous vous retrouvez en chaussettes.
Là, c'est les ennuis assurés.
Si par chance, vous n'avez qu'un pied d'aspiré, vous pouvez encore vous en tirer. Avec un peu de souplesse, vous levez en l'air, mais très haut, le pied en chaussette, vous pliez celui en botte
et posez une main près du pied en botte pour pas se faire aspirer un gant. Ensuite vous essayez de récupérer la botte enfoncée avec l'autre main, dans la terre collante.
C'est un exercice assez difficile, il faut beaucoup d'entraînement. En plus, il ne faut pas avoir peur du ridicule parce que de loin on ressemble à des cigognes. Mais avec un peu d'expérience et
de patience, on y arrive facilement, à condition quand même, de ne pas se faire pousser par quelqu'un.
- La deuxième raison, c'est que même si on ne le voit pas, cette terre
est remplie de graines à l'intérieur et que ces graines sont en plein hivernage comme les ours. Et si, par malchance, et c'est souvent que ça arrive, vous vous faites paner par le propriétaire du
champ, alors là, mieux vaut être fort à la course parce que sinon, c'est le coup de pied au cul assuré. Et un coup de pied au cul de paysan du Loiret on le sent bien
passer.
Je ne sais pas ce qu'ils mettent dans leurs bottes mais c'est sûrement l'ogre du petit poucet qu'il leur a fabriqué.
Ce coup de pied au cul, il vous envoie voler à mille lieues à la ronde.
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