Lundi 15 juin 2009
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13:41
C'est ma planque.
C'est là que je me retrouve avec mon copain Eric et que nous partageons les calumets. Enfin les mégots que j'ai récupérés dans le
cendrier de papa.
Papa ne finit jamais ses cigarettes!
Il les écrase dans un cendrier attaché au bout d'un pied avec un couvercle surmonté d'une tige au bout. C'est magique, quand on appuie
sur la tige, ça tourne, la cigarette s'éteint et disparaît en même temps.
C'est toujours moi qui écrase les cigarettes de Papa!
Des fois je me brûle le bout des doigts mais je ne pleure même pas!
De toute façon, je ne peux pas me le permettre sinon «terminé d'écraser les mégots dans le cendrier qui tourne» et en plus «terminé la
récup en douce des mégots pas finis de Papa». Alors, même quand les larmes viennent sans que je les ai sonnées, je m'essuie vite fait les joues avec le revers de mon pull et hop ni vu, ni
connu.
- «Violetteuuu...»
Maman à l'air affolé, elle doit penser qu'il y a le feu!
Maman c'est tout le contraire de Papa.
Elle s'affole pour un oui ou pour un non.
Papa lui c'est le philosophe du bon sens. Il le cultive aussi bien que son potager. C'est pour ça que les gens le respecte à V. et qu'il a pu s'intégrer facilement, enfin presque aussi bien que
moi.
Et le bon sens dans le Loiret c'est comme la philosophie des bons sentiments sauf que ça rapporte de l'argent mais de l'argent nous on
en a pas trop, ni trop peu, juste ce qu'il faut même si les gens ici nous prennent pour des gens zézés.
Maman, à part être la reine de l'hygiène et du bureau des pleurs, le bon sens c'est pas trop son truc. Elle a toujours peur pour nous et surtout pour moi qui suis «une vraie casse-cou» paraît-il.
Elle est toujours à craindre que je me fasse mal ou que je me perde ou pire encore. Alors je la calme, je la caresse dans le sens du poil comme avec mon chien Gnoky. Bon ça ne marche pas toujours
mais parfois et les parfois me suffisent pour avoir la paix et circuler dans mon monde.
Ah oui, au fait je m'appelle Violette c'est à cause de la comédie musicale enfin l'opérette avec Luis Mariano. «L'amour est un bouquet de Violetteuuuu, Poussez poussez l'escarre
Pauletteuuuuuh...». J'ai eu chaud car j'aurais pu m'appeler Paulette.
Faut pas chercher plus loin, l'imagination des prénoms c'est pas le fort de mes parents et puis au bout de la troisième fille, ils
commençaient à sérieusement en manquer d'imagination de prénom. En plus, j'ai entendu dire que j'avais pas prévenu de mon arrivée, ils ont été un peu pris de court.
Enfin, je suis arrivée comme une cerise sur un gâteau ou comme un cheveu sur la soupe enfin je suis une sorte de petit accident. C'est
vrai on ne sait jamais comment ça peut bien arriver un cheveu sur de la soupe et à qui il peut appartenir et la cerise sur la gâteau qui peut bien la poser dessus?
En tout cas, moi je n'aime pas les cerises sur les gâteaux et ça peut paraître bizarre je n'aime pas les gâteaux non-plus.
Quant aux petits accidents, ça fait bien longtemps que je n'en ai pas eu. Je suis bien trop grande. Les adultes ont de drôles d'idées parfois. Je n'ai jamais compris que l'on puisse me comparer à
quelqu'un qui s'oublie, qui fait pipi dans sa culotte. Je creuserai la question quand je serais devenue un chef indien.
Bref, je m'appelle Violette, je suis un petit accident, j'ai sept ans et je n'apprécie pas spécialement le goût des Gauloises bleues
mais en tant que futur grand chef indien je dois fumer ce calumet même si ça me fait tousser et que ça me pique les yeux.
Les temps peuvent devenir durs et je dois pouvoir m'y préparer.
J'ai bien vu, dans le livre «Le dernier des Mohicans», après avoir fumé le calumet, les indiens ont la science infuse, c'est un mot compliqué pour expliquer qu'ils voient les choses qui arrivent
dans le futur ou qui se sont déroulées dans le passé. La science infuse ça donne des explications à toutes les choses qu'on ne comprend pas et que les autres ne voient pas. Parfois, après avoir
dansé et chanté en meumeumant pendant des heures avec des voix rauques, ils finissent par se transformer en aigles et ils s'envolent très haut dans le ciel.
La voix de maman se fait de plus en plus insistante, elle m'inquiète à la fin. Je descends aussi vite que possible de mon arbre. La manche de mon anorak n'aime pas ça. Crack, un accroc de plus,
et sur mon coude, je saigne, ça pique mais il y a plus urgent que de m'occuper de ma blessure de guerre.
Tout en courant, j'énumère : ma chambre est en ordre, j'ai fait mes devoirs, j'ai acheté le pain, qu'est-ce qu'elle peut bien me vouloir?
J'anticipe les reproches à venir et je traverse à toute allure la rue qui me sépare de la maison.
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