Jeudi 2 avril 2009
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13:16
Quand nous sommes arrivés de Paris pour habiter à V., personne n'était
content, sauf papa et moi.
Il disait qu'il allait enfin respirer et tout démarrer à zéro.
Les grands s'énervent vraiment pour rien quand il s'agit de changer leur vie.
Moi cette nouvelle vie, je l'aime déjà!
Maman fait des allez et venues et remue les bras comme si elle faisait
le ménage dans l'atmosphère. Je saute sur mon lit de plein air ça fait un super trampoling.
Elle me prend par le bras et me supplie «Pour l'amour du Ciel, Violette ne reste pas dans mes pattes va plutôt trier tes affaires et me débarrasser de ces plumes répugnantes avant que les
déménageurs ne montent tes cartons dans ta nouvelle chambre.».
Pas moyen d'avoir une vie privée dans cette famille et puis pourquoi moi
je dois aider alors que mes soeurs tournent en rond autour de la maison.
Elles découvrent le village en faisant la grimace, décidément elles ne
sont jamais contentes. Comme dit papa plus on est grand plus on est bête.
Elles ne voient même pas les milliers d'yeux posés sur elles, posés sur nous.
Moi, je vois les milliers d'yeux qui m'observent à travers des fenêtres
closes. Je devine bien que ce sont les habitants de la campagne, les indigènes du Loiret qui nous regardent. On leur fait peut-être un peu peur, ils n'ont sans doute jamais vu de gens de la
capitale.
A moi, habitants de la campagne, je vais vous apprivoiser et découvrir
de nouveaux territoires, venez à ma découverte et vous ne serez pas déçus!
Par violette
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Mardi 31 mars 2009
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13:19
Maman m'appelle encore, je suis devant la maison, il fait chaud.
Tous nos meubles sont sur le trottoir et les déménageurs s'affairent.
Je n'y comprends plus rien, il n'y a pas deux secondes maman me tenait par la main et je suivais ce cortège lugubre.
« Violet', Violet', Violetteuu. Viens chercher tes affaires au lieu de baîller aux corneilles. ».
Je reste immobile, je réfléchis.
C'est ça je suis enfin devenue un grand chef indien et j'ai la science infuse, chouette je vais bien m'amuser.
Maman me sort de ma torpeur.
«Aller Violette viens défaire tes cartons. Si c'est moi qui le fait, je n'irais pas par quatre chemins. Tu as échappé je ne sais par quel miracle au grand tri avant notre départ de Paris mais
fais-moi confiance si je mets mon nez dans tes affaires je vais faire le nettoyage par le vide et ce sera vite fait. Regarde-moi ça ce désordre. A quoi bon entasser des dizaines de plumes de pigeon
dans tes cartons. Mon dieu, que c'est dégoutant et en plus c'est plein de microbes ces bêtes-là.»
Je ne peux pas laisser faire ce massacre.
«Non, pas mes plumes!" Cette fois, j'ai intérêt à me grouiller sinon tout va partir pour la poubelle et mes parures d'indien avec.
Ici, je ne sais même pas si je pourrais en trouver des plumes de pigeons, il n'y a sûrement pas de pigeon dans le Loiret!
«Attends maman, j'arrive. Je vais le faire moi-même, c'est promis je vais tout ranger.»
Je me précipite vers mes cartons contenant mes trésors parisiens et les monte dans ma nouvelle chambre. Une chambre pour moi toute seule avec une belle cheminée en marbre et de la fenêtre un arbre,
un arbre immense qui me tend ses branches comme pour me souhaiter la bienvenue. Au loin, des bandes de terre vertes, jaunes, marrons s'étendent surement jusqu'au bout du monde, jusqu'aux limites de
la terre.
Ici c'est certain je vais devenir un vrai chef indien. Je ne suis pas d'accord avec Papa quand il dit que c'est un démarrage à zéro, je trouve que c'est plutôt un démarrage à mille, à un million
même. Il y a tellement de choses à découvrir ici. Ah non, on est pas du tout à zéro!
Décidément, je sens que je vais me plaire ici.
Par violette
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Vendredi 13 mars 2009
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15:05
«Mais pourquoi m'appelle t'elle, je lui tiens la main très fort
même, et et ...».
Pourquoi Maman me sert-elle autant la main? Elle la tord comme si c'était un mouchoir. Je ne vais pas m'envoler tout de même!
Le corbillard est tellement joli, il est tout décoré, recouvert de fleurs blanches et violettes en papier crépon.
Et la musique, les trompettes...
Tiens! Eric à la grosse caisse, comme il est drôle avec ses fausses moustaches.
Au moins de le regarder me fait passer le temps et me remplit de joie.
C'est sûr pour lui, c'est Carnaval!
Le défilé passe sur la place du monument aux morts, tout près de la maison, du grand platane, mon platane.
Un nuage de fumée se dégage du grand platane, on croirait qu'il est en feu pourtant il n'y a pas de flammes. Et puis c'est pas la canicule, on est en mars et pour faire froid, il fait froid et bien
humide en plus.
Cette belle humidité qui mouille la terre du Gâtinais pour donner les gouttes d'eau qui vont arroser la terre après la dernière neige, histoire que les bonnes graines semées soit bien gonflées de
vitamines quand elle sortiront de la terre pour donner du blé.
L'hiver ça rigole pas ici, c'est du vrai, pas de l'hiver d'opérette!
Du reste, je grelotte sur place, et ce défilé mortuaire qui n'en finit pas de défiler.
Je claque des dents et mes genoux s'entrechoquent, j'ai vraiment froid!
Les regards des villageois ne s'y trompent pas. Je devine d'ici ce qu'ils pensent :
«C'est ben une parigotte celle lo. la ch'tiote è supporte pô la froidure. R'gardonc com elle gigote dans son bio manteau. Ya pô à dire eu l'klimô d'ici elle l'suppot pô. Quel Gôchi! I fô êt' né
par cheu nous pour supporter la froidure, cé pa du kosto tous ces gens d'la capitale». Et blablabla, et blablabla. Et puis, ils dodelinent de la tête et crachent sur le côté en enfonçant
profondément leurs mains calleuses dans les poches de leurs salopettes bleues et tirent leurs bérets sur leurs grandes oreilles rougies par le froid.
Par violette
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Jeudi 12 mars 2009
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12:38
10h35 du matin.
Mars.
1967.
V. dans le Loiret.
Maman me sert fort la main, mon pantalon me gratte juste là où il ne faut pas. Je remue mon popotin pour que la doublure se décolle de mes fesses. C'est la couture qui me gratte.
Je reste la tête baissée, mes chaussures sont pleines de boue.
Tiens une flaque d'eau, je tape un grand coup avec mon pied. J'arrose les chevilles de maman. Ses bas sont tout mouillés.
Elle tourne les yeux vers moi. Ils sont pleins de larmes. Elle ne me gronde pas, pire, elle me sourit. Enfin, elle sourit à ses chaussures.
«Glups», j'avale ma salive, ça me donne envie de pleurer.
Pleurer, ça il n'en est pas question!
Jamais, je me le suis promis, je suis devenue un grand chef maintenant et on sait que ça n'est pas facile. Alors pleurer, ça non et non!!!
Mais bon sang, pourquoi faut-il que les gens se fassent enterrer quand il fait froid?
Décidément les morts n'ont vraiment aucune imagination ou peut-être est-ce pour bien marquer le coup comme ça, les vivants diront «Oh la la qu'est-ce que j'ai eu froid le jour de son enterrement!»
et avoir eu très froid un jour d'enterrement, ça ne s'oublie pas.En prime on peut attrapper un bon rhume et ça ne s'oublie pas non plus.
Comme ça le mort il se fait pas oublier, faut pas croire mais c'est malin un mort.
J'ai plus envie de suivre ce cortège funèbre, si je pouvais m'envoler comme un aigle.
Aller fermons les yeux, une grande inspiration et je vais m'élever dans les airs comme les grands rapaces du Pays des Grandes Rocheuses, celui des grands espaces, celui des grands chefs indiens,
celui du Dernier des Mohicans.
Maman m'appelle en hurlant par la fenêtre de la salle à manger qui donne sur le jardin côté rue.
Par violette
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Lundi 9 mars 2009
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14:00
...c'est à cause de la comédie musicale enfin l'opérette avec Luis Mariano. «L'amour est un bouquet de Violetteuuuu, Poussez poussez l'escarre
Pauletteuuuuuh...». J'ai eu chaud car j'aurais pu m'appeler Paulette.
Faut pas chercher plus loin, l'imagination des prénoms c'est pas le fort
de mes parents et puis au bout de la troisième fille, ils commençaient à sérieusement en manquer d'imagination de prénom. En plus, j'ai entendu dire que j'avais pas prévenu de mon arrivée, ils
ont été un peu pris de court. Enfin, je suis arrivée comme une cerise sur un gâteau ou comme un cheveu sur la soupe enfin je suis une sorte de petit accident. C'est vrai on ne sait jamais comment
ça peut bien arriver un cheveu sur de la soupe et à qui il peut appartenir et la cerise sur la gâteau qui peut bien la poser dessus? En tout cas, moi je n'aime pas les cerises sur les gâteaux et
ça peut paraître bizarre je n'aime pas les gâteaux non plus.
Par chafi
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